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08/06/2012

Saïd Oujibou, le pasteur qui veut rendre visibles les musulmans convertis au christianisme

said1.jpgC'est un peu le combat d'une vie. Saïd Oujibou, 44 ans, se démène depuis des années pour donner de la visibilité et de l'assurance aux musulmans convertis au christianisme. La Conférence européenne des chrétiens de culture nord-africaine et du Moyen-Orient qu'il organise à Paris du 26 au 28 mai, la deuxième du genre, participe de ce militantisme assumé.

 

 


Ce pasteur évangélique, franco-marocain musulman, passé par l'islam radical et converti au protestantisme il y a vingt ans, entend sortir "de leur isolement les néochrétiens venus de l'islam". "Ils sont de plus en plus nombreux, assure-t-il, sans donner de chiffres, mais sont souvent rejetés, voire menacés, par leur milieu ou leur famille lors de leur conversion." En France, seule l'Eglise catholique tient un compte précis du nombre de baptêmes de musulmans, évalués à quelque 150 par an. Le protestantisme évangélique, dont de nombreuses Eglises côtoient l'islam sur le terrain, propose un processus de conversion moins long et moins contraignant; sont régulièrement évoquées "plusieurs centaines de convertis" par an.

CÔTÉ MUSULMAN, LE PHÉNOMÈNE DES CONVERSIONS EST MINIMISÉ

"Ces journées de rencontres visent aussi à fortifier ces chrétiens dans leur foi, tout en leur offrant un environnement sémite et oriental, car l'objectif des convertis n'est pas de renier leur culture", précise encore M.Oujibou. Leur défi, estime même le pasteur, est de "ne pas stigmatiser l'islam".

Une gageure, alors que tous dénoncent la sévérité de l'islam envers les apostats:"On accepte que des Français de culture chrétienne se convertissent à l'islam; il faut que l'islam accepte l'inverse et entreprenne sa réforme sur ce sujet." Le pasteur "attend toujours" des déclarations claires des institutions musulmanes sur ce sujet, même si "en vingt ans, malgré le durcissement de l'islam, on constate des progrès de certains imams et théologiens en ce sens".

Côté musulman, le phénomène des conversions est volontiers minimisé et suscite un certain malaise. Mais Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), qui à plusieurs reprises a été en contact avec M.Oujibou, l'affirme: "J'ai toujours dit que changer de religion relevait de la liberté individuelle, même si en islam l'apostasie demeure un péché." Et, ajoute-t-il, "seul Dieu est juge, et les musulmans n'ont pas à reprocher quoi que ce soit à ceux qui font ce choix".

"NE PAS RESTER DANS UN GHETTO CHRÉTIEN"

"Il y a une évolution par rapport à ce sujet, assure aussi un autre responsable religieux, qui préfère conserver l'anonymat. Car même dans les pays d'origine , on voit des temples se construire. Mais si se convertir est un droit, il ne faut pas s'attendre à ce que les imams aillent jusqu'à dire qu'ils sont d'accord! C'est pareil dans toutes les religions !" Dans les milieux évangéliques, portés par un fort prosélytisme, l'islam est parfois vécu comme une religion concurrente et le dialogue interreligieux est loin d'être une priorité.

"Il faut bâtir un avenir commun avec les musulmans, ne pas rester dans un ghetto chrétien, plaide pourtant M.Oujibou. On peut dénoncer des choses mais avec tact, amour et intelligence." Ce pasteur itinérant, qui se qualifie aussi de "consultant en violence urbaine" et présente depuis plusieurs années un one-man-show sur son parcours et sa foi, anime également une émission hebdomadaire sur le siteMacasbah.net, dans laquelle il donne la parole à des "témoins qui ont rencontré Jésus", à des artistes chrétiens. Dans un esprit missionnaire, toutes ses activités sont prétexte à toucher le public le plus large, y compris des musulmans. "Je débats même avec des salafistes", l'un des courants les plus rigoristes et prosélytes de l'islam, sourit-il.

Durant le week-end, une table ronde, proposée par l'Organisation franco-égyptienne pour les droits de l'homme, devait être l'occasion pour des responsables musulmans égyptiens et français d'aborder le thème de la liberté religieuse avec des pasteurs maghrébins et des hommes politiques français engagés dans la défense des chrétiens d'Orient. Le sort de ces populations, déstabilisées par les suites politiques des "printemps arabes" et, dans certains pays, soumis à un exil récurrent, constitue une préoccupation pour l'ensemble des Eglises chrétiennes.

Hasard du calendrier, l'Eglise catholique, par le biais de sa fondation, Aide à l'Eglise en détresse, qui dénonce les persécutions des chrétiens dans les pays à majorité musulmane, organise aussi, samedi 26 mai, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, une journée de sensibilisation "à la liberté religieuse" à travers le monde.

Article publié sur le site : www.lemonde.fr par Stéphanie Le Bars le 28/05/2012

 

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