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19/07/2013

Denis Mukwege, gynécologue, héros congolais & prêcheur pentecôtiste

 

Denis Mukwege.jpgC'est l'un des hommes les plus célèbres de la République Démocratique du Congo (RDC). Honoré cette semaine au nom de la France par Valérie Trierweiler et Yamina Benguigui, le docteur Denis Mukwege n'a que faire de la célébrité, si ce n'est qu'elle peut l'aider dans sa cause: sauver des milliers de Congolaises du Kivu, fracassées par des violences sexuelles d'une ampleur et d'une horreur effarantes.

Depuis son hôpital de Panzi (Kivu), il aurait opéré plus de 40.000 femmes violées et martyrisées depuis cette sombre journée de 1999 où, pour la première fois, il a ausculté une victime mutilée et traumatisée.

Un article choc, très documenté d'Annick Cojean, dans le quotidien Le Monde du 16 juillet 2013, détaille le rôle crucial joué par ce gynécologue, candidat potentiel au Prix Nobel de la Paix et déjà chevalier de la légion d'honneur.

"L'enfer se trouve dans le Kivu", raconte une femme, le regard fixe.... Mais le docteur Mukwege, véritable héros local adulé par la population civile, ne se résigne pas, malgré les dangers inhérents à une zone de guerre civile aussi féroce qu'aveugle.

Mais d'où vient sa base éthique? Parmi les sources qui alimentent son engagement, le spécialiste que je suis de l'évangélisme rappelera que Denis Mukwege est fils de pasteur pentecôtiste, courant du protestantisme évangélique qui valorise le rôle miraculeux et restaurateur joué par le Saint-Esprit. 

Comme le soulignent plusieurs sources biographiques (lien), il a également fait ses études de gynécologie à Angers (France) grâce à une bourse de la Swedish Pentecostal Mission.

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 Denis Mukwege (Panzi, Kivu)

"Servir Dieu et servir l'humanité"

A la réception du prix Olof Palme en 2008 en Suède, il a rendu un hommage appuyé, dans son discours, à "cinq missionnaires" suédois morts dans le Sud du Kivu au nom d'un grand idéal, soulignait-il: "servir Dieu et servir l'humanité" (lien).

A son poste à Panzi, Denis Mukwege assure non seulement un énorme travail de clinicien, mais il est aussi, le dimanche, prédicateur pentecôtiste, reprenant le flambeau laissé par son père pasteur. Eve Ensler, auteure des fameux Monologues du vagin et féministe peu suspectable d'être une évangélique forcenée, affirme à son sujet que sa vie a été transformée à son contact.

congo,congo rdc,kivu,denis mukwege,droit des femmes,annick cojean,valerie trierweiler,yamina benguigui,swedish pentecostal mission,suède,pentecôtisme,pentecôtistes,olof palme,city of joyFondatrice de la City of Joy dans le Kivu, Eve Ensler souligne que "nous avons peu de héros dans ce monde, mais que le Dr Mukwege en est un".

Dans un hommage publié le 28 octobre 2012 (lien), elle fait remarquer que le Dr Mukwege est accueilli dans le Sud Kivu comme le pape, et qu'il a été le "pasteur en chef" (head pastor) de son Eglise (pentecôtiste).     

Pour en savoir plus sur le Dr Mukwege, lire Colette Braeckman, L'Homme qui répare les femmes, ed. André Versailles, 2012).

 Article tiré du blog de Sébastien Fath, publié le 18/7/2013

11/07/2013

John Lim, pasteur chinois sans frontière

Chinois de troisième génération né à Singapour, missionnaire au Ghana et aumônier dans les prisons françaises, John Lim est un personnage atypique. Depuis 2008, il est le pasteur de l'Église évangélique Elim dans le 13e arrondissement de Paris. Une communauté religieuse où il développe l'esprit d'intégration. Portrait.

John Lim veut faire de sa communauté religieuse un lieu d'intégration et d'ouverture. Dans le fond, un palmier symbolisant l'oasis Elim, qui a donné son nom à l'Eglise © Matthieu Stricota377af0a0238cb8add4c27a1eb244420.jpeg

John arrive dans sa Dacia blanche. Un créneau plus tard, ils nous retrouve devant la Maison des associations de solidarité (13e arr. de Paris). « Nous louons un local pour nos célébrations, explique-t-il. Nous sommes une petite Église, nous n'avons pas encore les moyens d'être propriétaires à Paris ». Le sourire ne quitte pas son visage. Calvitie affirmée, lunettes ovales et visage rondouillard, John présente un caractère jovial. Le pasteur nous conduit à l'étage. Pas de réservation de la salle de la célébration ce jeudi. Nous nous asseyons confortablement sur les canapés du hall. John est le pasteur de l'Église évangélique Elim. « Le nom vient d'une citation de la Bible (Exode 15 verset 27), lorsque le peuple de Dieu, errant dans le désert, finit par trouver un oasis qu'ils appellent Elim », explique-t-il.

Une oasis donc, mais aussi « une famille sans frontière ». C'est du mois ce que  l'on peut lire sur le site de la communauté. « Dieu ne cible aucune communauté, affirme John. Je suis content d'accueillir des Chinois, des Africains, des Antillais, des Laotiens, des Cambodgiens, Taiwanais, des Malaisiens et des fidèles originaires de Singapour ». Si l'Église Elim ne compte pas plus de 70 fidèles, elle ne manque pas de diversité. À l'image de son pasteur qui n'a cessé de bourlinguer.

John est né en 1971 à Singapour, dans une famille chinoise de confession bouddhiste. « Comme tous les pères chinois, mon père était distant. Je cherchais de l'affection et il manquait un sens dans ma vie. Je l'ai trouvé quand j'ai compris qui était le Christ, à l'âge de 19 ans. J'ai trouvé de la chaleur humaine dans le christianisme. Depuis, j'essaie de reproduire cette chaleur ». Sa vocation était toute trouvée. John est devenu pasteur à 22 ans après avoir été formé à l'École biblique des assemblées de Dieu de Singapour (AGBC).

Un pasteur international

Après avoir officié pendant quatre ans dans son pays de naissance, le pasteur s'envole comme missionnaire au Ghana pendant six ans. « Là-bas, je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas de différence entre les Chinois et les Africains en terme de valeurs dans la société. » C'est aussi là-bas qu'il a rencontré sa femme, elle aussi Singapourienne d'origine chinoise. Un parcours qui l'a finalement mené en France. « Aujourd'hui, je me sens toujours international mais de plus en plus Français ». Mais avant d'officier en France, il a dû suivre un stage d'intégration de trois ans. John étudie pendant deux ans à la faculté de théologie de Vaux-de-Vincennes puis un semestre à l'Institut Catholique de Paris.

Il devient pasteur de l'Église Elim en 2008, prenant la suite d'un autre Singapourien. John a apporté sa touche en insistant sur l'ouverture : « J'ai mis en valeur le côté intégration et le côté francophone, raconte-t-il. La différence ne m'effraie pas. Elim est une Église d'immigrés, pas l'Église d'une communauté ». Mais il se confronte à des difficultés : « Il est très difficile de faire comprendre aux gens que la foi dépasse la race ou l'origine. C'est un défi permanent ». De plus, cette philosophie est à double tranchant : « Les sinophones ne sont généralement pas attirés par l'évolution. Mais je ne suis pas là pour faire plaisir à une communauté particulière », assume-t-il. Ses célébrations se font en trois langues : français, anglais et chinois mandarin. D'ailleurs, quand son répondeur vous demande de lui laisser un message, il le fait dans ces trois idiomes.

Un culte sans balise

La limite n'existe pas non plus dans le culte. « J'aime le côté pentecôtiste mais aussi le côté traditionnel », révèle le pasteur. Je cherche l'équilibre ». Sa motivation : « Les jeunes en ont assez de rester dans le milieu de leurs grands-parents. En rentrant dans une Église, ils arrivent à se distinguer. » John veut éviter tout blocage dans l'évolution de sa communauté religieuse : « L'évolution des Églises évangéliques chinoises est freinée par le besoin de consensus, difficile à obtenir dans la culture asiatique. Chez nous, il est très gênant de donner son avis, car répondre « non » à un avis équivaut à répondre « non » à la personne qui le formule ». Compliqué, quand on sait que le succès des Églises évangéliques repose sur leur dynamique.

Porter la foi en prison

La langue et le culte ne sont pas les seules frontières que franchit John. Le pasteur passe aussi de l'autre côté des barreaux. « Je suis le seul aumônier protestant chinois de France », révèle John. A titre bénévole, il officie à la Maison d'arrêt de Fresnes ainsi qu'à la Prison de la Santé. « L'aumônerie me permet d'entrer en contact avec des gens qui ne croient en rien. Je m'attache à leur faire connaître l'Évangile à partir de ma foi personnelle », confie le pasteur.

S'il le pouvait, John Lim renverserait certainement toutes les barrières. Il n'a en tout cas pas hésité à passer du réel au virtuel : « Comme toutes les Églises évangéliques, l'Église Elim est sur les réseaux sociaux », précise-t-il. Dynamique, moderne et sans frontière. John est un religieux du XXIème siècle.

Article paru sur le site www.lemondedesreligions.fr par Matthieu Stricot, le 01/07/2013.